Bonjour Misspo,
Contente de te lire ce matin. Et oui, on a toujours l'impression d'être seules dans ce parcours, et pourtant... on est tellement nombreuses...
Je vais essayer de répondre point par point à ton message et à celui que tu as posté en juin, qui m'a aussi beaucoup touchée.
L'adoption : pendant longtemps, j'ai cherché un sens à ce parcours. À l'été 2017, ma 2e FIV s'est soldée par un échec. Je ne sais pas pourquoi, mais je crois que l'échec de FIV 2 est un des plus difficiles à accepter. Je le constate aussi autour de moi avec d'autres amies fivettes (même si ça ne veut pas dire que c'est général). Peut-être que la 2 marque la fin des illusions. À la 1, on est à fond, on y croit, on n'a pas encore eu trop d'hormones, on se dit que la FIV c'est LA solution, que ça va forcément marcher. Et puis quand elle ne marche pas, on se dit que c'est normal, que les médecins ne connaissaient pas encore bien notre corps. Alors du coup, la 2 sera forcément la bonne. Et quand celle-ci ne fonctionne pas non plus, on commence à prendre conscience qu'en fait, le parcours FIV peut aussi se terminer en échec. On a déjà écoulé la moitié de nos tentatives et ça devient plus dur à encaisser. Bref, en tout cas, ça a été mon cheminement à moi. J'ai donc eu besoin de prendre beaucoup de recul et je suis allée me réfugier pendant 3 semaines chez ma maman pour me faire dorloter. Sauf que pendant ce séjour, j'ai appris qu'une personne très proche de ma famille (d'ailleurs, c'est comme si elle en faisait partie), avait un cancer. Ma mère ne me l'avait pas annoncée tout de suite car j'étais fragile et elle a voulu profiter de me voir pour me le dire face à face et non par téléphone. Sauf qu'en 3 jours, j'ai appris sa maladie, et je l'ai perdue. Personne ne s'attendait à ce qu'elle parte aussi vite. Ça a été affreux, j'ai mis des mois à m'en remettre. Tout ça pour en venir au fait que cette personne n'avait pas non plus pu d'avoir d'enfant naturellement et en était donc passée par l'adoption. Son fils a grandi avec moi. Ma mère ayant été sa nounou, c'était... c'est... mon petit frère de cœur. Et ça a été un tourbillon d'émotions. Elle se battant pour la vie et partie si jeune. Moi me battant pour donner la vie. Son fils adopté. Moi ne pouvant pas avoir d'enfant. Et je me suis dit que la réponse était peut être là, juste devant moi, et à quoi bon ce combat avec les hormones et les échecs... À quoi bon me torturer comme ça ? Ça a été un moment difficile entre moi et mon chéri aussi. Lui me disait qu'il était contre l'idée de l'adoption mais n'étant pas un grand bavard, encore moins quand il s'agit de parler de ses émotions, il n'arrivait pas à me dire pourquoi (d'ailleurs, on en a reparlé il y a quelques jours et je viens juste de comprendre pourquoi... ça a quand même mis 1 an et demi à sortir...). Finalement, c'est le moment où j'ai changé de psy, et je suis parvenue à me ressaisir et à me dire que c'était dommage de m'arrêter au milieu de ce parcours, qu'il fallait au moins que j'aille jusqu'au bout. Mais j'étais toujours dans cette idée que la FIVDO, non merci. Si la FIV devait échouer, ça serait l'adoption. Quitte à faire l'impasse sur mes gènes, aucun intérêt de continuer à me shooter aux hormones... Mais tant qu'on n'est pas devant le fait accompli, on ne sait jamais comment on va réagir au final... Et je me dis que m...e, je peux être une femme comme les autres et vivre la grossesse, les nausées, les kilos qui s'accumulent, les interdictions de manger tel ou tel truc, les interdictions de boire, le ventre qui m'empêche de dormir et de bouger comme je veux, même le diabète gestationnel je m'en fiche, mais les échographies, les instants magiques quand tu entends le cœur de bébé pour la première fois, voir le bonheur (enfin!) dans les yeux de mon mari, l'émotion dans le regard de mon médecin, l'annonce à la famille et aux amis, puis les contractions, l'accouchement, la découverte de ce bébé qu'on dépose dans mes bras... la victoire, la revanche sur la vie et clouer le bec à toutes celles qui m'ont dit que le destin me disait que je n'étais pas faite pour porter un enfant !
Les annonces de grossesse : à chaque âge, quand on est dans ce parcours, c'est compliqué. Une de mes amies fivettes a 27 ans. Et elle, c'est les premières annonces de grossesse. Elle était la première de son groupe à en vouloir et toutes ou presque sont maintenant mamans ou enceintes. En plus, même si elle essaie depuis longtemps, elle doit s'entendre dire par tous "mais t'es encore jeune, t'as le temps", comme si son parcours à elle n'était pas justifié par rapport à nous et qu'il était moins difficile... Moi j'ai 34 ans. Maintenant, c'est la vague des 2e. Les réflexions du genre "et toi alors, c'est pour quand ? Il faudrait peut-être y penser, l'horloge biologique tourne..." (ah bon ?! merci, je n’étais pas au courant !!) Je me prends en pleine gueule le fait que toutes mes amies qui ne voulaient pas entendre parler d'enfants sont enceintes ou jeunes mamans, toutes celles qui voulaient faire passer leur carrière en premier et se réveillent un matin en se disant que finalement, il est peut-être temps ont déjà leur

en à peine 2 mois. J'ai même la vague des plus jeunes qui me grugent ! Sérieux ?! Elles ne pouvaient pas attendre ?! Je fais la queue à la caisse depuis bien plus longtemps, alors chacune son tour p....n !!! En juin, tu disais que les dernières annonces t'ont terrassée, que tu le vis mal mais que tu es quand même heureuse pour ces personnes. Bah moi, quitte à paraître sans cœur, je ne suis même plus heureuse pour mes amies ! Je ne veux plus leur parler. Je leur en veux mais alors à un point que tu ne peux même pas imaginer (ou peut-être que si, au fond de toi). J'en ai une qui m'a annoncée sa première grossesse en décembre 2017... elle était déjà à 8 mois... je devais fêter le nouvel an avec elle. Quand je lui ai dit "et alors, tu croyais quoi, que le jour où je t'aurais vu avec ton fils dans les bras, tu m'aurais dit que c'était celui de la voisine ?!" Elle a rigolé. Pas moi ! J'étais sérieuse espèce de godiche ! Donc j'ai appris sa grossesse et quelques jours après, je la voyais sur le point d'accoucher... merci pour la préparation psychologique ! Et là, j'ai reçu un texto juste avant les fêtes (encore, merci, sympa !) : elle m'annonçait qu'elle attendait le 2e. Pas de boulot. Pas terminé ses études. Un mec qui va voir à droite à gauche et ne cherche pas non plus de boulot. Et elle me dit que moi au moins, j'ai de la chance que mon chéri soit quelqu'un de bien. J'ai de la chance ?! La différence entre moi et elle c'est que sa situation, elle s'y est mis toute seule et elle continue de s'enfoncer dedans. Ma situation, à aucun moment je l'ai choisie ! J'ai aussi une autre "amie" qui m'en a fait une belle. Mi-août 2018, elle m'appelle. On discute de plein de choses et puis là, elle me dit qu'elle vient d'arrêter la pilule mais qu'elle a des raisons de penser que ça va être compliqué pour elle aussi. Alors elle me demande si elle pourra me demander des conseils si elle aussi se retrouve dans ce parcours. Je la rassure. Je lui dis que je serai toujours là pour la soutenir. Justement, je connais les étapes et je pourrai l'accompagner. J'en parle à mon chéri et on s'inquiète pour elle, c'est quelqu'un de fragile ! 2 semaines après, je la vois et là elle me dit cash "en fait je t'ai un peu menti au téléphone, parce que je suis déjà enceinte de 2 mois" avec un grand sourire. Et moi ?! Je suis sensée réagir comment après m'être fait du souci pour elle ? Sourire aussi ?! Désolée si mon sourire ressemblait plus à une grimace. Et sur un ton pédant, elle ajoute "et puis bon, je sais que je ne ferai pas de fausse-couche, moi au moins". OK, donc en fait, moi je suis qu'une pauvre conne à avoir perdu mon bébé juste avant l'écho T1 en 2014 ?! Merci, au revoir ! Et si t'as besoin de moi, passe ton chemin... Moi, je pleure toujours mon bébé qui, cette année en janvier, aurait dû avoir 4 ans !
Tout ça pour te dire que t'es en colère ? Bah oui, t'en as le droit ! Pourquoi est-ce que nous on devrait toujours faire bonne figure alors qu'on souffre tellement et en continu... Que pendant que les jeunes mamans se plaignent de pas pouvoir dormir la nuit parce que bébé pleure toutes les 3 heures, nous ça fait des années qu'on ne peut plus dormir la nuit parce que bébé ne pleure pas... mais que nous, on pleure.
L'âge : Tu as 40 ans et tu n'as toujours pas d'enfant. Ne laisse pas les autres te juger, ils ne savent pas ce que tu traverses, pourquoi ta vie est ce qu'elle est aujourd'hui ! J'en ai ras le bol de cette société qui juge ! On n'entre jamais dans la bonne case ! Qui sont les autres pour savoir qui on est tout au fond de nous ! Est-ce que moi je vais chez eux pour les juger ?!
Les gènes : je pense que tout ça, c'est surfait. Combien il y en a qui ont des enfants, issus de leurs gènes et qui ne s'en occupent pas, ne leur transmettent rien. À côté de ça, que toi ton enfant soit adopté ou issu d'une donneuse, tu sauras lui transmettre ton histoire familiale. L'histoire familiale, ce n’est pas qu'un bagage génétique. C'est bien plus un bagage émotionnel. Il te ressemblera par tes mimiques, ta manière de penser, ta manière de voir la vie, la relation que tu entretiendras avec lui et avec tout ton entourage et l'amour que tu lui donneras. Et après tout ce que tu as déjà traversé et après l'avoir porté 9 mois, crois-moi, tu l'aimeras et il sera TON enfant ! Le tien et pas celui d'une autre. Il ne sera pas le fruit d'un gros câlin entre papa et maman, certes. Mais contrairement à tellement d'autres enfants, il sera le fruit de cet amour incroyable et sans limite entre papa et maman. Exit les rêves de princesse comme tu dis, certes. Mais les rêves de princesse, ça n'est la réalité pour personne. C'est du vent, c'est rien, makach, walou, nada. Par contre, quand tu auras ce cadeau entre les mains, tu sauras, toi, tout ce qu'il représente, à quel point il est précieux, à quel point il est miraculeux. Nous on ne sait pas faire les bébés, mais on sait comment ils sont faits, contrairement aux autres couples qui n'en passent pas par là. Et on sait précisément l'instant T quand a opéré la magie. Ce n’est pas de l'à peu près. Oh oui je crois que c'est au retour du resto, on était un peu bourrés. Non, nous, notre bébé, on l'aime déjà au stade de follicule !!! On l'encourage quand, au stade d'ovocyte, il rencontre les spermatozoïdes de papa. On lui parle, on lui dit de s'accrocher jusqu'au jour où il sera transféré dans notre utérus. Et après ça, je mets au défi toutes les fivettes de me dire que mentalement, elles ne sont pas là à l'encourager à s'accrocher pour les 9 prochains mois. Je l'ai fait avec chacun de mes follicules/ovocytes/embryons... Et je le ferai tout pareil, même quand il ne s'agira pas de mes ovocytes...
Bref, comme d'hab', j'écris des tartines

Je crois même qu'en lisant bien entre les lignes, on pourrait presque voir que je suis en colère

Et je comprends ton urgence à 40 ans. Mais je pense aussi qu’il faut se laisser un minimum de temps pour encaisser et être bien prêtes le moment venu. Ce parcours, je l’ai toujours vécu dans la précipitation. Je n’ai pas non plus la force d’attendre trop longtemps. Plus de 5 ans qu’on essaie, je crois qu’on a prouvé à quel point on pouvait faire preuve de patience. Mais une chose est sûre : pour que ça marche, il faudra bien que je me réconcilie avec mon corps.
Au plaisir de te lire bientôt j'espère.
