Don d'ovocytes et image de soi

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Krumpet

Fivette novice
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Don d'ovocytes et image de soi

Message non lu par Krumpet »

Bonjour à toutes et à tous,

Je souhaite aborder un sujet qui n'est que rarement soulevé lorsqu'on parle de recevoir un don d'ovocytes, celui du rapport à notre propre féminité et à notre image de nous-même.

Je suis en parcours PMA depuis le début de cette année. Avec mon compagnon nous avons fait deux tentatives de FIV qui se sont soldées par des échecs, et vraisemblablement, ça vient de mon côté. J'ai 37 ans, une AMH faible et sur les 4 ovocytes ponctionnés aucun n'a pu être transféré. En conséquence, notre gynécologue nous oriente vers le don d'ovocytes. Je passe bien entendu par les questionnements les plus répandus (le deuil de la transmission du patrimoine génétique, la ressemblance, le lien avec l'enfant, etc.), mais je suis déjà plus ou moins au clair avec tout ça. Ce qui me pose le plus problème à l'heure actuelle, c'est que le diagnostic d'infertilité dégrade beaucoup mon image de moi-même. Je n'aurais jamais pensé qu'un jour je me définirais en tant que femme par rapport à ma capacité à procréer, mais c'est pourtant ce qui se produit. Donc je me demandais si d'autres avaient été aux prises avec ce sentiment ?

Je n'ai que 37 ans, dans ma tête je me sens jeune, mais avec ma faible réserve ovarienne je mesure que le temps a passé et que mon organisme a vieilli. En soi je n'ai pas de mal à accepter que les années filent et que le corps change, par contre je suis au prise avec le fait que ça me tombe dessus maintenant, avant toutes mes amies. J'en conçois de la honte vis-à-vis des femmes de mon entourage qui ont eu des enfants relativement """tard""" dans leur vie (au-delà de 37 ans, voire au-delà des 40). J'ai l'impression de ne plus être leur égale, de leur être inférieure, de ne pas être aussi "femme" qu'elles. Je n'assume pas du tout cette réalité auprès de mon entourage. Ma mère, mes amies,... personne ne le sait, c'est comme une sorte de secret honteux que je garde pour moi. J'en ai parlé à mon compagnon par souci de transparence, mais sans trop approfondir le sujet non plus parce que j'ai peur de ne plus lui inspirer aucun désir avec mon corps de femme dont l'horloge biologique tourne. Je ne me sens plus légitime à me faire belle, à porter des tenues un peu féminines et sexy, alors que je suis assez fière de ma silhouette en temps normal. Je continue à bien m'habiller, mais je le ressens comme une imposture parce que je perçois un décalage entre l'image que je projette et ma réalité biologique.

Par rapport au don d'ovocytes, j'en suis à me demander si j'arriverais à le dire à mon entourage. Autant auprès de l'enfant je sais qu'il faut être transparent, j'ai déjà imaginé comment je lui dirais, dans quelles circonstances , etc. Autant auprès de mon entourage, je le vivrais comme un aveu de faiblesse. Ca m'inspire des pensées assez tristes vis-à-vis de la potentielle donneuse aussi, dans le sens où je la vois comme quelqu'un va me donner quelque chose que j'ai perdu, mais que elle possède encore. D'un côté j'en éprouve de la reconnaissance, et de l'autre une sorte d'amertume et d'envie.

Et enfin, j'ai l'impression de vivre avec une épée de Damoclès au-dessus de ma tête en attendant que la ménopause me tombe dessus. La perspective que ça m'arrive avant 45 ans me terrifie. Je sais que l'AMH n'est pas prédictif de l'âge de la ménopause, mais ça me trotte tous les jours dans la tête. Je m'astreins à NE PAS aller voir les symptômes parce que je suis sûre que ça va me faire psychoter.

En bref, ce parcours vers la maternité n'est pour l'instant qu'une série de claques à plein de niveaux. Je me découvre sous un autre jour, j'encaisse des choses que je n'aurais jamais imaginé encaisser avant, certaines certitudes se sont effondrées... C'est très très dur. J'ai un accompagnement psychologique, mais je n'en suis qu'au début et j'aurais besoin de plus de séances qu'une toutes les deux semaines je pense.

Désolée pour la longueur de ce post et merci aux personnes qui l'auront lu jusqu'au bout. Je voudrais échanger avec des personnes dans ma situation, ou qui sont passées par là également. J'ai un fort besoin d'être en contact avec des femmes qui ont un parcours comparable au mien, de voir que je ne suis pas seule à traverser ça, que je ne suis pas complètement sortie de la norme et qu'il y a une lumière au bout du tunnel. En revanche, svp pas de discours discours anxiogènes, de comparaisons blessantes ou autre. En ce moment j'ai vraiment, vraiment besoin d'un souffle d'optimisme treefle
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ClairBu

Fivette de diamant
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Message non lu par ClairBu »

Bonjour Krumpet,
Ton témoignage est fort en questionnement et cela semble complètement approprié à la situation...
Cela dépend de chacune, as tu essayé de recueillir le témoignage d'autres femmes? De psychologue ?

Je te conseille le livre de Lidia Stankiewicz "Don d'ovocyte, est ce que ça vous gêne ?" que je suis en train de lire... riche en témoignages de femmes devenues mamans grâce au DO, de sa propre expérience d'hypnotherapeute, elle même devenue maman grâce au DO. Je trouve ses analyses et questionnements très juste. Elle est très informée sur le sujet. Elle ne pousse pas au don à tout prix, elle pose beaucoup de questions éthiques qui t'aideront à y voir plus clair. Il y a meme plus d'un témoignage où la FIV avec DO se termine en IVG car les femmes y étaient mal preparées psychologiquement, d'ou l'importance d'y être à l'aise. (J'ai pas dis non plus qu'il faut le crier haut et fort- ce qui impliquerait d'en débattre avec des gens fermés d'esprit). Je trouve ça déjà très sain toutes les questions que tu te poses. Le sujet du don sera toujours tabou en société, tu n'y peux rien ;-)

Et ne te prend pas la tête avec ton âge, je suis bien plus jeune que toi... et pourtant bien infertile ! Comme quoi! ;-)

Amitiés!++
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Krumpet

Fivette novice
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Message non lu par Krumpet »

ClairBu, merci beaucoup pour ta réponse et pour la référence du livre de Lidia Stankiewicz, j'ai très envie de le lire !
Je suis suivie par une psychologue et une autre thérapeute spécialisée dans l'accompagnement des couples infertiles. Je lui ai parlé des angoisses exposées ici et elle m'a répondu quelque chose qui m'a fait beaucoup de bien : "ça n'est pas parce que votre corps n'a pas répondu à une technologie médicale qu'il est dysfonctionnel". Je partage cette phrase ici parce que je pense que ça peut aider d'autres personnes aux prises avec la PMA.

Tu envisages toi-même un don d'ovocytes ?
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ClairBu

Fivette de diamant
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Message non lu par ClairBu »

Oui,

Je suis en attente. On verra si ça marche!

Malheureusement mon corps est un peu dysfonctionnel niveau reproduction :lol:

J'ai parfois quelques angoisses aussi, si ça marche comment aborder le sujet; avec la non anonymisation (qui en soit je trouve ça très bien pour les enfants à naître-) aussi parfois : j'ai pas spécialement envie de me retrouver à un repas de famille avec la donneuse ! 🤣
Mais c'est évidemment dans le cas où si cela marche. Sinon les angoisses disparaîtront, évidemment..
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esperanza978

Fivette bannie

Message non lu par esperanza978 »

Bonjour à toutes les deux,

D'abord bravo pour votre courage, c'est en effet une question peu abordée, parmi les 1000 autres qu'elle soulève.

Ma situation est un peu différente, je ne suis pas encore au DO, mais j'ai préféré anticiper cette question il y a longtemps maintenant.

L'infertilité renvoie forcément une image "dysfonctionnelle" de soi, pour autant, avant ce désir d'enfant et après sa venue chaque femme est autre chose qu'une mère, c'est la complexité de votre personnalité et votre place dans ce monde qui fait de vous une personne unique, et non pas le fait de donner la vie (avec ou sans ses gamètes). Mon mari n'ayant rien, j'ai ressenti une culpabilité telle (elle est encore présente à chaque retour de règles, et à chaque larme de sa part) à la découverte de mon infertilité, que je l'ai poussé à me quitter un nombre incalculable de fois. J'ai pris du poids, désespérée par mon "inutilité" au début, j'ai haï toutes les femmes enceintes ou avec des enfants, d'autant que je trouvais que le monde me provoquait avec des grossesses partout chez des gens avec une mauvaise hygiène de vie. Puis, j'ai compris paradoxalement avec le questionnement du DO, qu'une femme pouvait très bien être complète avec une infertilité, pouvait être une mère comme les autres avec le don. Qu'est-ce qui fait de nous un parent ? L'amour, l'attention, le soin, finalement assez peu le lien génétique. D'ailleurs même avec un lien il est possible de ne pas avoir d'atome crochu, et même d'avoir un regret maternel.

Tu es bien autre chose qu'une simple gestatrice, tu es une femme à part entière avec un désir de maternité et tu pourras l'incarner même si ton corps ne te permets pas de transmettre tes gênes.

D'ailleurs, sur cette question, je te conseille si tu as les moyens d'aller à l'étranger, ou le DPI est autorisé, et ou des femmes même à + de 40 ans peuvent avoir une FIV avec leurs ovocytes qui marche alors que cela ne fonctionnait pas en France. Ca ne garantie pas la réussite, mais garantie d'avoir essayé...

L'épigénétique, tu dois connaître, c'est une réalité formidable en DO.

Concernant la déclaration aux autres, rien ne t'oblige à en parler à qui que soit. Peut-être un jour le feras-tu naturellement, peut-^tre jamais, mais cela relève de l'intime le plus strict. Et puis tu sais, tu es certainement supérieure à celles qui arrive naturellement, car peu de femmes peuvent aller au bout d'un parcours si bouleversant et violent.

COurage à toi,

Infertilité découverte à mes 25 ans (et parfois bien avant cela se découvre !)
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ClairBu

Fivette de diamant
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Message non lu par ClairBu »

Esperanza, idem infertilité connue depuis mes 25 ans...
Je ne sais pas à qui tu t'adressais pour le DPI en Espagne, mais dans notre situation cela paraît inapproprié (quasiment pas de fecondation de mes ovocytes sans ICSI et avec ICSI les embryons finissent de suite en mosaïque à j2... Peu ou pas de J5, on arrête l'acharnement)

Pour ce qui est de le dire ou non, je suis vraiment très partagée, j'ai l'impression que les secrets de famille se lisent parfois même inconsciemment sur la tête des gens... peut etre pas le dire à TOUS, mais aux plus proches. Par ex j'ai un oncle et une tante pour qui "ça marchait pas" il y a 30 ans, ils ont rien fait, pas d'examens (??!), rien, et "pouf" quand ils ont arrêté d'y penser ça a marché. Mouais j'y crois pas trop! minnce

Bises!! :smack:
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esperanza978

Fivette bannie

Message non lu par esperanza978 »

Bonsoir ClairBu,

Je m'adressais un peu à toutes les deux, mais pour le DPI pour Krumpet effectivement !

Je voulais dire qu'il n'y a pas d'obligations auprès des proches, mais c'est justement pour ce genre d'exemple que de mon côté nous avons arrêté d'exprimer trop nos considérations perso sur le sujet.

Insupportable les "ils ont arrêté d'y pensé et pouf!" j'en peux plus perso, je ne parle plus de ça avec ceux qui ont eu ce genre d'insistance.

Pour l'anecdote, je me suis retrouvée à parler glaire cervicale et spermatozoides avec mon beau père qui ignorait qu'il existait une fenêtre de fertilité :lol: Et j'ai compris qu'inconsciemment, je parlais de notre vie intime avec son fils. Donc, nous avons décidé de dire que ce qui nous paraissait pas trop intime pour éviter et les phrases malheureuses, et les conseils foireux.

APrès un secret peut se sentir s'il est dur à garder pour soi, si le besoin d'en parler est là il faut le faire, sinon je n'y vois rien d'obliger ;)

BIses !