Article Ouest-France du 1er février : « La PMA, c’est le parcours du combattant » (au sujet du livre de Audrey Keysers)

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Koala

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Article Ouest-France du 1er février : « La PMA, c’est le parcours du combattant » (au sujet du livre de Audrey Keysers)

Message non lu par Koala » 24 févr. 2017 à 20:24

« La PMA, c’est le parcours du combattant »
RECUEILLI PAR MARIE MERDRIGNAC - 1er février 2017

3 ans et 9 mois. C’est le titre de son livre mais surtout le temps qu’il a fallu à Audrey Keysers, secrétaire générale adjointe d’une mission interministérielle, pour avoir un enfant. Après des mois de rendez-vous à l’hôpital, de traitements lourds, d’espoirs déçus, de voyages entre la Belgique et l’Espagne, elle a pu bénéficier d’un don d’ovocytes, à Barcelone. En France, la procréation médicale assistée (PMA) est encore peu connue et plutôt taboue.

À quel moment et pourquoi avez-vous décidé de raconter votre parcours de procréation médicalement assistée (PMA) ?

Le fait d’avoir réussi à avoir un enfant m’a donné envie de partager mon parcours qui se finit bien. Il s’agissait aussi de mettre en lumière le manque de dons d’ovocytes en France. En 2014, il y avait seulement 500 donneuses. L’attente est très longue pour les couples qui ont recours à la PMA et on n’en parle pas assez. Certains attendent jusqu’à quatre ans !

Beaucoup de femmes ne savent pas qu’elles peuvent donner leurs ovocytes. Mes amies étaient toutes volontaires pour m’aider, mais elles ont découvert qu’elles ne correspondaient pas aux critères d’âge. L’information ne circule pas à ce sujet, or il y a eu une avancée récente du gouvernement. Avant, le don était réservé aux femmes qui avaient déjà eu des enfants, c’était rétrograde. Mais le don ne rend pas stérile, il n’affecte pas notre production cyclique d’ovocytes. Depuis 2015, toutes les femmes entre 18 et 37 ans sont des donneuses potentielles.

Il y a encore un point sur lequel le gouvernement doit maintenant prendre position. Il faut toujours, en 2017, le consentement du conjoint lorsqu’une femme veut faire un don d’ovocytes. C’est choquant !
En 2014, en France, 500 femmes ont fait don de leurs ovocytes.
Pourquoi avoir choisi d’écrire sous la forme d’un journal ?

Cela me semblait plus parlant pour raconter ce très long parcours. Ce qui est très compliqué, c’est l’attente. Les traitements qui ne marchent pas, les longs moments qui doivent s’écouler pour laisser le corps au repos. On n’a aucune prise pour changer les choses. Mais à l’âge que j’avais, de 36 à 39 ans, je n’avais plus vraiment le temps d’attendre ou de trouver un autre moyen… Écrire sous forme de journal me permettait de raconter toutes ces déceptions, pour que les femmes et les couples qui sont en train de passer par là gardent espoir.

Quelle étape a été la plus difficile de votre parcours ?

Le refus de l’hôpital public français de poursuivre les traitements après deux tentatives d’insémination artificielle [la Sécurité sociale couvre pourtant les traitements jusqu’à l’âge de 43 ans en France, NdlR]. On ne m’a parlé du don d’ovocytes que très tardivement. On m’a parlé d’abord de l’adoption, puisque l’un des médecins affirmait que je ne pourrais pas avoir d’enfants. Je n’ai pas eu de support psychologique quand on m’a annoncé ce refus. Ça a été très brutal.
En Espagne, il existe beaucoup de cliniques (privées) de fertilité. L’auteure y a reçu son don d’ovocytes.
Vous évoquez souvent la différence d’accueil et de prise en charge entre la France, la Belgique et l’Espagne…

Beaucoup de femmes soulignent la brutalité des médecins en France. La performance de notre système de santé est reconnue partout en Europe, mais son approche est trop déshumanisée. On nous annonce des mauvaises nouvelles parfois sans ménagement. En Belgique, j’ai choisi d’aller dans un hôpital public, comme en France. Les conditions y sont les mêmes, des retards, de l’attente dans les couloirs… La grande différence, c’est que vous êtes une personne.

Le premier médecin que j’ai rencontré m’a dit qu’il avait 45 minutes devant lui. À chaque rendez-vous, que ce soit la psychologue, les infirmières, les médecins, tous me disaient : « Soyez sûre que l’ensemble du personnel de l’hôpital est derrière vous et fera tout son possible pour que vous ayez un enfant. » Après l’échec de la fécondation in vitro (Fiv), le médecin qui me suivait m’a appelée pendant 10 minutes après son service.

Comment l’infertilité est-elle perçue en Belgique ?

Il y a plus de communication autour de l’infertilité et donc plus de donneuses. L’approche est plus pragmatique et ce n’est pas un tabou. L’information se fait directement à la maternité, auprès des femmes enceintes. Après l’échec de ma Fiv en Belgique, j’ai eu peur d’attendre autant de temps qu’en France pour un don d’ovocytes. Mais les médecins belges ne s’inquiétaient pas, ils m’assuraient que je n’aurais à attendre qu’entre 6 mois et 1 an. En France, il n’y a pas d’estimations précises.
« La performance de notre système de santé est reconnue partout en Europe, mais son approche est trop déshumanisée. »
Vos supérieurs et collègues de travail ont été très compréhensifs. Ils vous ont soutenue. On imagine que toutes les femmes n’ont pas cette chance…

Je ne sais pas comment j’aurais fait sans leur soutien. J’ai eu de la chance de travailler avec des hommes compréhensifs, le Défenseur des droits notamment (en 2011, Dominique Baudis). Pendant les traitements, il fallait aller à l’hôpital trois fois pendant le cycle, pour des prises de sang, des échographies… Quand on commence une PMA, sans la protection de son employeur, la situation peut devenir très compliquée. Il faut expliquer les retards, la fatigue à cause des traitements… À cela peuvent s’ajouter des difficultés financières quand on fait le choix, comme moi, de se faire suivre à l’étranger. On ne parle vraiment pas assez de ce parcours du combattant.

Justement, quels messages souhaitez-vous faire passer avec cet ouvrage ?

Il faut soutenir les femmes qui s’engagent dans ce parcours et lever le tabou de l’infertilité en France. L’Agence de la biomédecine estime qu’avec 900 donneuses supplémentaires, il serait possible de répondre aux nouvelles demandes et de satisfaire les besoins des couples inscrits sur liste d’attente. On a besoin des donneuses pour éviter les départs forcés à l’étranger. Et il faut les valoriser car les traitements sont lourds pour elles aussi. L’accompagnement doit évoluer en France. Il faudrait multiplier les centres comme celui de l’hôpital Foch (à Suresnes) où, du premier rendez-vous à la Fiv, vous êtes prise en charge au même endroit.

L’idée de ce livre est de donner un espoir aux couples qui s’engagent dans une PMA, ceux qui ont l’impression que c’est répétitif et interminable. Je souhaite aussi alerter sur la méconnaissance des femmes de leur propre fertilité. À partir de 35 ans, il faut savoir que cela devient plus compliqué. La presse féminine nous fait voir des actrices de 45 ans enceintes, mais le parcours de PMA qu’elles ont dû suivre est complètement passé sous silence. Il n’existe pas non plus d’ambassadrice du don d’ovocytes, comme on peut en avoir pour le don d’organes par exemple. Ce genre d’actions donnerait plus de visibilité à ce procédé.

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[Retranscription de l'article en ligne ici ]
Moi IO, lui RAS, essais depuis 2014
- Clinique Parly 2 :
11/2015 FIV ICSI 1 : 4 follicules / 1 ovocyte / 1 J2 / -
01/2016 FIV ICSI 2 : 2 follicules / ponction annulée, pas d'IAC !
- Hôpital Foch :
08/2016 Hystéroscopie (retrait polype + fibrome)
11/2016 FIV ICSI 2 bis : 2 follicules / ponction annulée / IAC / -
03/2017 FIV ICSI 2 ter : 3 follicules / 3 ovocytes / 3 J2 / -
04/2017 Hystéroscopie (retrait polypes + fibrome)
09/2017 FIV DO 1 : 12 ovocytes / 2 J5 / -
12/2017 TEV 1 : 2 J5 / -
- gynécologue Paris 17è :
04/2018 TEV 2 : 1 J5 hatching / -
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